lundi 29 avril 2019

Le mouvement, c'est la vie

Il y a cette sagesse populaire qui dit "il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis".

J'ai pris quelques mois pour moi pour donner du sens à mes interventions auprès de différents publics, et puis, fin 2018, quelques jours après avoir décidé de ne plus donner de conférences, j'ai reçu une lettre. 
Mais une vraie lettre, en papier, une qui dit que des enseignantes et formatrices, quelque part là-bas où je suis née, ont lu, non seulement le blog, mais les livres, bref, tout. Et qu'elles aimeraient bien me faire venir dans leur institut de formation pour que je transmette mon savoir à leurs étudiants.

Comme quoi, la Vie te ramène toujours là où tu es attendue... La Vie te replace toujours sur le chemin qui est le tien... !

J'ai accepté, non sans avoir terminé l'écriture de mon roman jeunesse, qui est parti par satellite chez deux éditeurs. (ô temps, ne suspends pas ton vol, j'attends, mais ne me fais pas languir trop longtemps, d'accord ? )

A l'heure où j'écris, le tapuscrit est à la reprographie, va être relié et j'irai le chercher demain pour l'envoyer par courrier postal à un troisième éditeur.

...C'est que ça faisait un peu beaucoup pour la même personne, disons-le.

Terminer l'écriture d'un livre, c'est voir ses personnages évoluer sans soi, c'est comme cet enfant qui n'a plus besoin des petites roues à son vélo, c'est le voir s'éloigner au loin en se disant qu'il prend son envol et que, soi-même, on peut passer à autre chose. Une manière de faire le deuil, aussi. Se dire qu'il y a un grand paquet de choses qui sont, enfin, derrière soi. 

La peine ne m'appartient plus.
Le deuil non plus.


J'ai donc accepté l'invitation et je suis allée passer la journée dans un Institut de Formation en Soins Infirmiers, à discuter de handicap, à transmettre ma connaissance en sociologie, représentations, imaginaire, littérature. C'est toujours passionnant à vivre ! la très jolie récompense fut cette adorable étudiante de 2ème année qui est spontanément venue me voir pour me dire qu'il ne fallait pas que j'arrête, que je devais continuer, que mon apport était passionnant... oh merci ! (euh, c'est bon, je sais déjà plus où me mettre ! ^^ ) .

Et puis, je suis invitée les années suivantes à intervenir de nouveau, là-bas... alors j'ai dit oui...
Je vais remettre en route cette jolie impulsion, ces moments de partage, d'échanges si riches, de rires, où je transmets à la fois mon savoir et où je partage mon expérience universitaire et aussi personnelle.

Donc, si vous êtes un collège, un lycée, une université, un IFSI, un IFTS, un centre de formation pour étudiants en médico-social ou éducateurs spécialisés, ou que sais-je encore... je peux vous apporter un nouveau regard, une approche différente sur les questions de handicap dans la société, une approche littéraire, culturelle,  sociologique adaptée au plus près au public à qui l'intervention est destinée. 

N'hésitez pas à me contacter ici ou sur ma Page Auteur pour de plus amples renseignements ! 











mercredi 21 novembre 2018

Effraction

"Je ne le ferai pas, parce que si je le fais, je vais te rentrer dedans, Je vais te défoncer. Et ça je ne veux pas."

Ça avait commencé comme ça.

Je n'ai pas peur.
Je n'ai pas peur de ce que tu liras, mon histoire est bien accrochée, arrimée à mon cœur comme elle ne l'a jamais été.
Tu peux le faire. Je t'autorise à le faire.

Il est grand, immense même, osseux et mince, mon inverse.

Il est homme autant que je suis femme, mes formes dérisoires dans ce corps tentent de me protéger tant bien que mal, et ma chevelure fait de son mieux pour dissimuler ce que je ne veux que l'on voie.

Mais lui, il s'en fout.
Il me demande de m’asseoir, là-bas, dans l'ombre, devant les draps noirs. Il illumine, se tient de l'autre côté de la pièce, s'excuse par avance parce qu'il va me donner des ordres ; je bredouille quelque chose comme "non non, mais c'est bon, t'inquiète pas".
Comme pour moi-même.

Je n'en mène pas large. Je ne la ramène pas. Drôle de sensation que celle de l'obéissance, la docilité.

Alors j'obéis. Je fais ce qu'il demande.
Il y a cet instant qui s'immisce, sournoisement, infiniment, cet instant qui se glisse, cet instant que je n'oublierai jamais, où je sens les flots de larmes derrière le rideau patiemment tissé toutes ces années. Mais qu'est-ce que c'est. Quelque chose se fissure. La vulnérabilité qui affleure aux sillons, le profond qui remonte en un instant, la gigantesque réalité.

Il va chercher. Il va trouver, mais cela, je ne le sais pas encore.
Il va lire l'histoire que je n'ai jamais écrite, l'histoire inscrite dans ma chair, dans la peau de mon visage, de mon corps, de mes attitudes. De tout mon être.

L'inquiétude qui affleure. L'histoire de vie qui hurle en un seul regard.

Cette formidable acuité sur les choses, la colère sourde au bord des yeux, ce soi-disant bon et si gentil regard qui, au-dedans s'avère être un torrent de fièvre et qui bouillonne à avoir envie d'en jaillir, d'exploser. C'est la vie qui hurle, la vie qui s'écrit. Une rivière que je n'avais jamais laissée s'exposer. 

Est-ce la Vie, est-ce l'envie, l'envie de vivre, le refus de l'injustice ?

Ce jour-là je suis allée à la rencontre de quelqu'un que je ne connaissais pas.
Ce jour- là je suis allée chercher quelqu'un que je n'attendais pas
Ce jour-là , j'ai fait la connaissance de l'Autre Moi.






Cet homme est un Sorcier.
Pour découvrir le fabuleux travail de Marc Jor, c'est ici : https://www.facebook.com/Mjorportraits.

mercredi 7 novembre 2018

Un chevalier vivant


C'est un chevalier gisant aux franges des ténèbres
Mais son Ame est debout.
Si fièrement tenu,  
Majestueusement vivant.

Il se tient dans l'ombre, et nourrit la lumière
Il suspend l'instant, pétrifie du regard. Il est pensée infinie, rayonnement.

Il n'a rien d'un gisant
Il est pacifique géant
Au mourant de la nuit, au grisant de l'aurore.

Il se lit dans ses yeux cette pacifique désarme
L'arme est-elle bien nécessaire quand il est à lui seul
une arme, une montagne de création, imposante et massive.

la noirceur comme rempart
Ses yeux de guerrier immobile
l'infinie douceur du regard

L'arme patiemment comme un bastion tout soudain se dresse
Devant son corps de forteresse
Un rempart de pudeur
Et d'infinie tendresse

Au profond de son regard, de guerre lasse,
Il est la nuit, chevalier vivant
Il est Tour et rempart.
Il est toujours quelque part.
Tour à tour fou et garde-fou
Il est Lumière et puis tourment,
Ordre et envergure, au magnifique impressionnant.

Photo : Marc Jor (https://www.facebook.com/Mjorportraits/)
Modèle : Jean Erick (https://www.facebook.com/jeanerickdehyeres/)

samedi 6 octobre 2018

Sculpture


Des mains d'artiste
ou d'ouvrier
Des mains pour dire, des mains pour penser
Des mains pour taire

Des mains de fer
Pacifiques armées
Rugueuses fermées
Dans le grand œuvre

Des mains pour créer
Des mains pour revivre
Des mains pour rêver
Des mains pour survivre

la force vive de tes mains.

Quelle est cette matière brute, pierre ou diamant
que tes poings sculptent si ardemment ?

Du relief de la pierre, j'en extrais toute peur
Sillons dans la chair d'un tracé de labeur

Des mains pour rêver
Des mains pour construire
Des mains pour créer
Des mains pour s'affranchir

Il crée à mains nues
Il aime à la nuit,

Il met à nu la pierre ou la chair
et dans mon dénuement, sous ses mains
Le cœur se dénoue, et se déploient les ailes.

Photo : Marc Jor (https://www.facebook.com/Mjorportraits)
Modèle : Jean-Eric (Jean Erick)


dimanche 16 septembre 2018

Poussière



A l'aube de l'automne, à l'aube de ce temps de souvenirs, au cœur de ce mois qui crie si douloureusement dans mon ventre.
J'abrase, je ponce, je prépare, j'anticipe.

A l'orée du printemps qui viendra, je lave.
Il faudra refaire des cartons, emballer soigneusement, ranger.
Pour l'heure, je nettoie, je polis. Je polis poliment, avec application, je lustre et ça reluit.

J'enlève six ans de crasse et de poussière sur une étagère colonne que je voudrais emmener rutilante et rénovée. Mes doigts sont rugueux et sur le pouce, se découvre une ampoule, caprice de l'intellectuelle que je suis qui bricole trop rarement. Mes ongles sont noircis et leurs aspérités rayeraient mon épiderme si je le frôlais.

La couleur, nue, la couleur du bois est magnifique.

Encore. Enlever une couche de poussière, une couche de trop pour mettre à nu.
La chair de mon pouce. Le bleu des veines, le cœur dénué depuis si longtemps.

Il faut se séparer. Se détacher de l'inutile matériel. Cette semaine, j'ai vendu des abrasifs qui t'appartenaient.
Des abrasifs. S'abraser le cœur depuis si longtemps.

Et depuis deux jours je ponce, j'ôte des couches de souvenirs d'un meuble qui a 6 ans.
C'est âpre. C'est rude. C'est nécessaire.

Une fois passée l'épreuve de rugosité, il reste la douceur infinie du bois poncé comme une chair offerte.

Je me plais à imaginer cette chair effleurée par des mains rugueuses.
Je pense à la poussière, elle me rappelle tes cendres qui dorment quelque part dans un cimetière où je vais régulièrement.

Il n'y a pas de réponse.
Il n'y a pas de peine non plus. Je l'ai émerisée.

C'est un joli mot, émeri. Aime, ris.

On en revient toujours au même.
Il faut continuer à vivre, prendre du plaisir à le faire. Même si, même si…




"Il faut enterrer les morts et réparer les vivants" (Tchekov, in Platonov)

mardi 24 juillet 2018

Mon corps est une armure


Mon corps est une blessure
Maléfice ou enchantement
Mon corps est un champ de bataille
Mon corps est un renoncement
Une victoire acquise durement.

Mon corps est une déchirure
Un envoûtement

Mon corps est une forêt. Dense de broussailles tendres, mais personne ne le sait.
Mon ventre est tout sauf une invitation, il est refuge, sommet, prison, remparts en perdition.

Elle a approché sa main. Elle est venue.
Elle a osé, elle n'a pas eu peur. Elle semblait.

J'étais là immobile, la peau offerte à ma crainte, depuis combien de temps déjà n'avais-je accepté cela.
Ce contact. Cet effleurement. Etre touché.

Mon corps est une meurtrissure
Un évitement
Mon corps est une armure

… être touché.
La main qui s'avance, les doigts si peu tremblants.
Va-t-elle oser, comment le pourrait-elle, pourquoi…
Mon corps est une suture.

Entre l'odeur du cuir et de ma peau. Du tissu qui me recouvre encore.

Une invitation un leurre une incitation. Elle n'osera pas.

Bien sûr qu'elle dépose les armes. Elle avance nue, les mains nues, les doigts ouverts.
Mon corps est une rivière de larmes silencieuses ancrées dans la chair
Des sillons obscurs inscrits au profond
… Mon corps est une fêlure.
Mes mains aux poings fermés.

Bien sûr que je dépose les armes.

S'avancer fragile
S'exposer.


Mon corps aux poings fermés
Devient, devant sa force et sa fragilité conjuguées
Mon corps aux mains ouvertes…


Photographie par ©Marc Jor

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Libre interprétation littéraire d'après une photographie de Jean-Erick de Hyères par Marc Jor (elle-même inspirée de la photographie d'Andy Warhol par Richard Avedon)

Pour découvrir le travail de Marc Jor c'est ici
et le site de Jean-Erick : ici ...et

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