mardi 4 décembre 2012

Invisibilité

Il y a les handicaps visibles, j'ai toujours dit que le jour où je "tomberai" en fauteuil (même si ça fait hurler beaucoup de gens) tout serait tellement plus simple sur la question du regard, du regard que les autres ont sur moi.. 

parce qu'une personne en fauteuil c'est aussi un symbole, un pictogramme, un logo reconnaissable partout dans le monde entier (alors que seulement 10% des personnes en situation de handicap sont en fauteuil.. c'est fou non ! )

Parce qu'un jour mes petites jambes ne me porteront plus, mais c'est pas grave.. c'est dit avec un sourire, c'est dit sans amertume, sans tristesse, juste un constat. Ce n'est pas grave.

Et puis l'hiver est rude, le vent est froid, mes gamelles de plus en plus douloureuses et je laisse l'amour de la neige à mes amis amateurs de glisse.. Moi, je glisse autrement et... ça m'énerve.

Depuis deux mois j'ai besoin de cette branche métallique qui me retient -pas toujours- de ne pas tomber, autrefois ma branche c'était toi, je me tenais à un homme. Récemment j'ai croisé un couple, dans la même situation que nous autrefois, qui nous ressemblait, elle vacillante à chaque pas, accrochée à sa branche masculine, lui protecteur, encore, des images, toutes ces images qui nous ont valu tant de regards quand nous étions démonstratifs, nous tellement atypiques, tes "un peu moins de deux mètres" et moi petit oiseau-fée.

Mais tu sais... rien n'est fini. Tout est tellement à reconquérir. Cette "liberté" nouvelle, admissible, mais le sentiment d'être cet animal dans une cage sans porte dont je n'ai aucune envie de sortir.

Il y a ces lecteurs invisibles et magnifiques, et si touchants, mon adorable conseiller de Pôle emploi (merci ♥) et la si gentille et accueillante chargée de recrutement du CG, (merci encore pour ce moment ♥ ) ces personnes qui me touchent parce qu'ils me lisent et qu'ils me le disent, -et que cela me touche-, les divagations poétiques de ces soirs de presque hiver où je me demande toujours, partagée entre Isère et -presque- Lubéron ...où est ma place.

je crois que tout simplement ma place est.. soyons un peu narcissiques.. auprès de moi. Rester Soi même si l'Autre tant aimé n'est plus là, même si beaucoup de choses ont changé.. Ne pas trop s'éloigner de ce que l'on est.. garder la base forte, durable, essentielle.

Parmi les invisibles il y a quelqu'un qui s'est fait tout petit, qui a même disparu, cette foutue maladie, celle qui nous a enlevé notre pilier certes, mais qui a quitté nos vies à nous autres, guerriers du quotidien, combattants à grands coups de sourire et de réconfort.. car il y a toujours quelqu'un de plus triste que Soi et il faut être là.. même si.. même si...

Il y a toujours quelqu'un à aider.
et c'est peut-être cela, se faire invisible.. Mettre son corps de "côté" quelques instants... porter quelques jouets et quelques effets chez Emmaüs, remplir un formulaire pour quelqu'un qui ne sait pas et à qui cela rendra tellement service... laisser de côté les effets visibles du handicap pour faire scintiller les effets visibles du coeur.




2 commentaires:

  1. Un sourire, des pensées affectueuses en passant par ici. P

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  2. Ne lâche ni clavier,ni plume... Que ce soit pour nous enchanter ou pour soulager ton coeur lourd. On t'aime Lalie

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